Musée de l’image d’Épinal : Entre bête humaine et homme sauvage

Le musée de l’Image met à l’honneur Benjamin Rabier et Charles Fréger, deux artistes à l’imagination débordante, pour une exposition dans laquelle plane “l’esprit des bêtes”, à partir du 29 mai.
D’un côté, il y a celui qui fait rire les animaux, qui les place dans une posture d’homme. De l’autre, la pratique est totalement inverse : les humains se griment en bêtes sauvages, fantaisistes.
” On pourrait presque faire un carnaval “, rit Christophe Petit, adjoint à la culture de la ville d’Épinal. Devant lui, les oeuvres de Benjamin Rabier, l’artiste au sens de l’humour animal, dévoilent les histoires d’un loup malchanceux qui tombe dans un pot de peinture, d’un singe poursuivi par un serpent ou d’un pélican qui traverse l’eau.
Le dessinateur de la vache-qui-rit
” Ce sont des images pleines d’humour. Elles nous apprennent énormément sur l’époque. Évidemment, on ne riait pas des mêmes choses au 19e siècle “, indique Jennifer Heim, attachée de conservation au musée de l’Image. Sous son crayon, on trouve également quelques célébrités comme la vache-qui-rit, Gédéon le canard, la baleine des flacons de sel ou encore le premier Tintin-Lutin, ancêtre de celui d’Hergé.
À la manière de Tartarin de Tarascon ou de La Fontaine, les animaux de Benjamin Rabier sont malmenés. Ils sont parfois accompagnés d’hommes et incarnent de nombreux vices qui finissent toujours par leur desservir. Le tout, avec un humour assuré.
Entre création et créatures
Les ” créatures ” de Charles Fréger sont, elles, bien pittoresques, plaisantes et dérangeantes à la fois. Vêtus de peaux, de masques ancestraux et de breloques bien singulières, les hommes masqués sont tous pris en photo dans le même décor. ” Ces individus grimés apparaissent sur un fond monocorde et pourtant, chacun témoigne d’originalité “, justifie Martine Sadion. Ligaments rouges, cloches de vaches, masque de chèvre, à chaque cliché, un autre univers. Les créatures du photographe, entre monstres et oeuvres d’art, sont issues de 18 pays différents.
” Charles Fréger a parcouru toute l’Europe à la recherche de fêtes foraines et de défilés. Il a repéré les déguisements et les a sorti du contexte “, explique la conservatrice en chef. ” C’est un travail sur la perception et la mémoire des rites ancestraux mais aussi modernes finalement. ”
L’établissement a choisi de faire le lien entre les deux artistes, une première dans le domaine: ” Leur connivence paraissait logique “. Entre homme et animal, bêtes sauvages et domestiques, l’art promet d’être hybride à Épinal.
Infos pratiques
L’esprit des bêtes, à voir au musée de l’Image, 42 quai de Dogneville à Épinal du 29 mai au 1er novembre 2015
Relecture poétique pour le chemin des Images
Du 4 juillet au 4 octobre, un parcours d’une quinzaine d’oeuvres reliera le musée départemental d’art ancien et contemporain à celui de l’Image. Ces vitrines seront l’occasion, pour des artistes contemporains, d’exposer leurs créations en connivence avec celles de Benjamin Rabier. Sur les 15 productions, ” sept ont été réalisées par de jeunes talents de l’Est “, note Martine Sadion, conservatrice en chef : ” On donne l’occasion à de jeunes diplômés d’écoles d’Art de montrer ce qu’ils savent faire. “